Les verbes du 3e groupe constituent le réservoir de toutes les irrégularités du système verbal français. Leur particularité tient à l’absence de modèle unique : contrairement aux verbes en -er (1er groupe) et aux verbes en -ir avec participe en -issant (2e groupe), les verbes du 3e groupe suivent plusieurs dizaines de modèles de conjugaison distincts. Nous proposons ici une approche par familles de radicaux, plus efficace qu’une liste alphabétique brute pour ancrer durablement ces conjugaisons.
Familles de radicaux : classer les verbes du 3e groupe par modèle
La notion scolaire de « 3e groupe » regroupe en réalité des verbes qui n’ont rien en commun, sinon leur irrégularité. Depuis les années 2010, la didactique du français privilégie un classement par modèles de conjugaison fondés sur le radical, ce qui réduit considérablement l’effort de mémorisation.
Un verbe du 3e groupe se conjugue comme un autre verbe de sa famille. Maîtriser le modèle, c’est maîtriser tous ses dérivés préfixés.
Modèle « prendre » : prendre, apprendre, comprendre, surprendre, reprendre
Le radical perd son « d » aux personnes du singulier au présent (je prends, mais nous prenons). Le participe passé est « pris ». Tous les composés de « prendre » suivent exactement le même schéma : elle a compris, ils ont appris, nous avons repris.
Modèle « mettre » : mettre, admettre, permettre, promettre, soumettre, transmettre
Double « t » à l’infinitif, un seul « t » aux personnes du singulier au présent (je mets, tu mets, il met). Participe passé : mis. Une fois « mettre » acquis, « promettre » ou « transmettre » ne posent plus de difficulté.
Modèle « venir/tenir » : venir, devenir, revenir, tenir, retenir, obtenir, maintenir
Ces verbes partagent un radical qui alterne entre « ien » (je viens), « en » (nous venons) et « in » (je vins, nous vînmes). Leur passé composé se forme avec l’auxiliaire « être » pour la famille « venir » (elle est venue), et « avoir » pour la famille « tenir » (il a tenu).

Liste verbe 3e groupe : les terminaisons en -dre, -ttre, -indre
Les apprenants confondent fréquemment ces trois sous-familles parce qu’elles se ressemblent à l’oral. Leurs différences à l’écrit sont pourtant systématiques.
Verbes en -dre (hors -indre) : pendre, fendre, tordre, mordre, perdre, rendre, vendre, répondre
Ces verbes conservent le « d » au singulier du présent : je pends, tu fends, il tord. Le « d » remplace le « t » habituel à la 3e personne (il vend, pas il *vent). C’est un piège classique.
Verbes en -indre : teindre, peindre, craindre, joindre, éteindre, atteindre, plaindre
Le groupe -indre perd son « d » au présent et prend un « gn » au pluriel : je peins, nous peignons. Participe passé en -int (peint, craint, joint). Toute la famille fonctionne ainsi, sans exception.
Verbes en -ttre : battre, abattre, combattre
Comme « mettre », ces verbes perdent un « t » au singulier du présent : je bats, tu bats, il bat. Au pluriel, le double « t » revient : nous battons.
Conjugaison du 3e groupe au présent : tableau des verbes fréquents
| Verbe | je | nous | ils/elles | Participe passé |
|---|---|---|---|---|
| faire | fais | faisons | font | fait |
| dire | dis | disons | disent | dit |
| voir | vois | voyons | voient | vu |
| pouvoir | peux | pouvons | peuvent | pu |
| vouloir | veux | voulons | veulent | voulu |
| savoir | sais | savons | savent | su |
| lire | lis | lisons | lisent | lu |
| écrire | écris | écrivons | écrivent | écrit |
| partir | pars | partons | partent | parti |
| mentir | mens | mentons | mentent | menti |
| confire | confis | confisons | confisent | confit |
| clore | clos | (inusité) | closent | clos |
Les verbes « pouvoir », « vouloir » et « valoir » partagent une terminaison en -x aux deux premières personnes du singulier (je peux, tu veux). C’est le seul cas en français où « -x » remplace « -s ».
Erreurs fréquentes sur les verbes du 3e groupe : sur-généralisation du 1er groupe
Le réflexe le plus documenté chez les apprenants (francophones comme non francophones) consiste à appliquer les terminaisons du 1er groupe aux verbes du 3e groupe. On observe régulièrement « ils prendent » au lieu de « ils prennent », « ils voivent » au lieu de « ils voient », ou « ils disent » transformé en « ils disont ».
Cette sur-généralisation s’explique par la fréquence écrasante des verbes en -er dans le lexique français. Le cerveau applique le patron le plus courant par défaut.
Pour contrer ce réflexe, nous recommandons de travailler par paires contrastives :
- Comparer « ils chantent » (1er groupe, régulier) avec « ils prennent » (3e groupe, radical modifié) pour repérer le changement de radical
- Opposer « nous finissons » (2e groupe, -issons) à « nous partons » (3e groupe, pas de -iss-) pour distinguer les deux groupes en -ir
- Associer chaque verbe du 3e groupe à son modèle plutôt qu’à une règle abstraite : « éteindre se conjugue comme peindre » suffit à mémoriser la forme
Verbes défectifs et cas limites du 3e groupe
Certains verbes du 3e groupe ne se conjuguent pas à toutes les personnes ou à tous les temps. Le verbe clore n’a pas de forme courante à la 1re personne du pluriel du présent. Le verbe « pourvoir » se conjugue comme « voir » sauf au futur et au conditionnel (je pourvoirai, pas *je pourverrai).
« Confire » suit le modèle de « suffire » au présent (je confis, nous confisons), mais son participe passé est « confit » (avec un -t), là où « suffire » donne « suffi ».

Ces verbes rares apparaissent régulièrement dans les certifications de français (Le Robert, Voltaire). Mémoriser cinq ou six verbes défectifs courants couvre la majorité des pièges rencontrés en situation d’examen ou de rédaction professionnelle. L’approche par modèle, plutôt que par liste alphabétique, reste la stratégie la plus fiable pour retenir durablement la conjugaison de ces verbes sans les confondre.

